La santé, ça commence dans l'assiette!

 Voici une entrevue avec le Dr Ginette Martin, chirurgienne oncologue au CHUM (Centre Hospitalier de l'Université de Montréal) et à la Clinique des maladies du sein du CHUM. Le Dr Martin agit comme professeure agrégée du département de chirurgie de l'Université de Montréal et chercheure clinique en cancer du sein.
Entrevue avec le docteur Ginette Martin, chirurgienne oncologue

Dr Martin, quels sont les principaux aliments qui peuvent aider à prévenir le cancer?

On sait que le chou, l’ail et l’oignon, le soja, les petits fruits et les agrumes ont un effet préventif sur le cancer.

De plus, les effets bénéfiques du thé vert, du vin rouge (avec modération) et du chocolat sont désormais confirmés. Des études démontrent également les effets anticancéreux du curcuma.




Anti-oxydant et anti-cancer, y a-t-il une différence?

Les antioxydants n’ont pas que des propriétés anticancer, mais agissent également contre le vieillisement en plus d’avoir un effet cardioprotecteur. Donc un aliment peut contenir beaucoup d’antioxydants, mais n’avoir qu’un effet limité dans la prévention de certains cancers, car d’autres éléments contenus dans les aliments entrent en jeu : les composantes phytochimiques.

Les fruits, légumes et certaines épices entre autres, contiennent une grande classe de molécules, les composés phytochimiques qui, par leurs propriétés, ont un rôle dans la défense contre le développement de cellules cancéreuses. Les composés phytochimiques comprennent les flavones, les tanins, les carotènes et les isothiocianates présents respectivement dans les tomates, le vin rouge, l’avocat, le chou et l’ail.

À quelle fréquence doit-on consommer ces aliments qui peuvent prévenir l’apparition du cancer?

À tous les jours! Et ce n’est pas difficile, compte tenu de l’abondance que nous offrent les épiceries et les marchés.

Il faut préciser que lorsque la tumeur cancéreuse a déjà fait son apparition, les aliments contre le cancer ne pourront contrer la maladie. Un cancer met en moyenne huit ans à se développer et à apparaître. Il importe donc d’adopter de saines habitudes tôt dans la vie, non seulement de bonnes habitudes alimentaires, mais aussi une bonne hygiène de vie comme faire de l’exercice et maintenir un poids santé.

Sous quelle forme doit-on consommer les aliments contre le cancer?

Il faut les consommer à l’état le plus naturel possible, sans trop de transformation : ne pas trop faire cuire, ne pas trop saler. La fraîcheur et la simplicité dans les formes de consommation des aliments permettent d’en tirer le meilleur.

C’est entre autres ce qui vous permet de dire que les suppléments alimentaires et vitaminiques ne sont pas toujours nécessaires.

Les gens en bonne santé, qui suivent le guide alimentaire canadien et consomment entre autres leurs 5 portions de légumes et de fruits par jour n’ont pas besoin de suppléments.

Les consommateurs qui font la cuisine avec des aliments sains, réputés pour leurs propriétés anticancéreuses, antioxydantes et préventives n’ont pas à avoir recours aux suppléments vendus sans ordonnance.



Nous avons l’impression qu’il faut consommer énormément d’aliments contre le cancer pour obtenir une prévention réelle, c’est vrai?

Les propriétés des aliments aux vertus dites pharmaceutiques sont aussi importantes que les quantités que l’on consomme. Un apport régulier et varié d’aliments qui contiennent des antioxydants et qui affichent des propriétés anti-cancer suffit. Des fruits et des légumes en quantité, un peu de graines de lin, du thé vert au lieu du thé régulier : il n’en faut pas plus pour améliorer ses chances de prévenir une foule de maladies. Il faut délaisser les gras saturés, les boissons gazeuses et les aliments transformés, souvent trop riches en sel et sucre, pour adopter des aliments de meilleure qualité.

Qu’en est-il des dernières découvertes sur l’alimentation et le cancer?

C’est certainement l’explosion dans la découverte de l’action pharmaceutique des molécules contenues dans les aliments. On a découvert qu’ils pouvaient être antibactériens, antiprolifératifs, anti-inflammatoire et antiangiogénèse. Cette action est plus minime que dans les médicaments, mais quand même, les propriétés pharmacologiques de certains aliments sont prouvées, ce qui est en soi révolutionnaire.

Dans votre pratique, vous côtoyez la maladie. Qu’aimeriez-vous dire aux consommateurs en santé pour les convaincre d’adopter de meilleures habitudes à table?

Que ce n’est pas compliqué de faire une bonne cuisine et que nous n’avons pas d’excuses pour ne pas le faire, car nous vivons dans une société d’abondance. La santé commence dans le panier d’épicerie et il faut chasser la croyance selon laquelle un aliment nature est long à préparer. J’aimerais dire également que c’est enfant que l’on développe son goût pour les mets bien cuisinés, il nous faut donc éduquer nos propres familles aux bienfaits des aliments qui peuvent prévenir les maladies. C’est l’ensemble de la société qui en bénéficiera à l’avenir.

Finalement, la prévention, ça commence lorsqu’on est en bonne santé. Ça peut sembler évident, mais quand on côtoie des gens malades qui recourent à l’homéopathie, à toutes sortes de comprimés soi-disant naturels et autres médecines douces en désespoir de cause, on se rend compte que la prévention est essentielle. Nous avons un pouvoir sur notre santé, à nous de l’exercer.

Les aliments-vedettes anticancer

Informations tirées de « Les aliments contre le cancer » des docteurs Richard Béliveau et Denis Gingras (Éditions du Trécarré, 2005, 214 p.). 

Les choux : ne pas trop faire cuire, bien mastiquer
L'ail et l'oignon (incluant le poireau)
Le soja : tofu et compagnie
Le curcuma : 1 c. à thé par jour suffit
 Le thé vert : surtout le thé vert japonais, limiter à trois tasses la consommation quotidienne
 Les petits fruits : ah, les fraises et les framboises ! (air connu)
Les oméga-3 : noix de Grenoble et sardines
La tomate : en sauce, s'il vous plaît!
Les agrumes : entiers, encore mieux
Le vin rouge : avec modération!
Le chocolat : eh oui, c'est vrai!


 

Idées-recettes
Vous désirez en savoir plus?

Lisez « Les aliments contre le cancer » des docteurs Richard Béliveau et Denis Gingras (Éditions du Trécarré, 2005, 214 p.). On y apprend entre autres qu’une alimentation déficiente compte pour 30 % des causes de cancer.