Lenteur et convivialité au coeur du Slow Food!

Paul Caccia.Le Slow Food est né en réaction à la culture Fast Food, à l’industrialisation du goût. Ce mouvement a pris naissance en 1986 dans une petite ville, Bra, au Nord de l’Italie. Il est devenu une organisation internationale le 9 décembre 1989. Aujourd’hui, l’organisation compte 83 000 membres répartis dans une centaine de pays.
La philosophie du mouvement Slow Food repose sur le plaisir de manger et la convivialité dans cet acte. Il valorise le goût des aliments, la recherche de produits locaux, biologiques, équitables, durables. Il défend la biodiversité, les saveurs, les traditions tout en veillant à la sauvegarde des races patrimoniales et en protégeant l’environnement.

Pour connaître davantage ce mouvement et les principes qu’il défend, nous avons réalisé une entrevue avec monsieur Paul Caccia.

Les valeurs du Slow Food

Le Slow Food est un mouvement qui encourage les gens à se réapproprier les plaisirs de la table en bonne compagnie. L’acte de faire le repas reprend ses lettres de noblesse en renouant avec les traditions et son savoir-faire. L’acte de manger devient important et se base sur le partage et les découvertes.

L’escargot, l’emblème du Slow Food, évoque à merveille la lenteur, véhiculée par le mouvement. Sur cette base, le Slow Food estime qu’il faut ralentir le rythme, prendre le temps de bien choisir ses aliments, de bien les connaître, de bien les cuisiner et de les déguster en toute simplicité.
Le Slow Food fait la promotion de la production artisanale tout en favorisant les métiers traditionnels (par exemple, pêcheurs, bergers, charcutiers, saucissiers, boulangers). Monsieur Caccia, identifie trois éléments derrière le mouvement : bon, juste, propre.
Bon : c’est la seule organisation internationale qui revendique le goût. « Manger, il faut que ce soit bon »
Juste : l’artisan doit être payé à sa propre valeur
Propre : ce qui est produit doit l’être en protection de l’environnement

Dans ce courant, le Slow Food, « essaie de protéger la biodiversité (…) que ce soit des races animales ou des variétés végétales.

L'organisation Slow Food

Comme mentionné plus haut, l’organisation Slow Food compte 83 000 membres répartis dans une centaine de pays sous forme de conviviums (« festin » en italien, « banquet » en latin). Il y en aurait plus de 800 à ce jour.

Les conviviums sont des regroupements régionaux ou locaux qui font la promotion de la production artisanale locale. Ils organisent des repas, des dégustations, des visites de fermes ou d’artisans. Ils présentent aussi des conférences et animent des ateliers d’éducation au goût.

Au Québec, on compte maintenant cinq conviviums : région de l’Abitibi-Témiscamingue, région des Cantons de l’Est, région de Charlevoix, région de la Vallée de la Batiscan en Mauricie et récemment, le convivium de l’Université Concordia.

Notez que Slow Food Québec est en voie de changer sa dénomination pour devenir Slow Food Montréal. Les activités, conférences, dégustations touchant majoritairement le bassin montréalais, il est plus à propos pour l’organisation de modifier sa désignation.

Les conviviums sont mis sur pied par des gens qui ont un intérêt pour la production artisanale et qui veulent sauvegarder ce riche patrimoine. Dès lors, parce qu’il partage la philosophie Slow Food, ils créent une organisation locale leur permettant d’entrer en lien directement avec les producteurs-artisans. C’est très avantageux pour eux, comme le relate monsieur Caccia : « Au Salon du goût de Turin en Italie (du 27 au 30 octobre 2006), on a amené trois producteurs-artisans du Québec et un cuisinier. Ça leur donne un réseau international et ça fait parler d’eux à travers le monde.»

Les membres Slow Food sont chefs, cuisiniers, informaticiens, étudiants, agriculteurs, des journalistes, médecins. Tout le monde ce sent concerné.

Les objectifs du Slow Food

Tout en éveillant le goût du public à une nourriture de qualité et à des expériences gustatives nouvelles, l’objectif premier de Slow Food est « de changer, de modifier les valeurs des gens par rapport à l’alimentation » souligne monsieur Caccia.

Pour remplir son objectif, Slow Food Québec est en train de mettre sur pied, et de réaliser, l’ouverture d’autres chapitres québécois afin de créer un véritable réseau qui puisse naturellement mettre en valeur et véhiculer la philosophie Slow Food.
Monsieur Caccia résume en disant qu’il faut augmenter le réseau des conviviums québécois de façon à ce qu’ils puissent faire front commun et promouvoir davantage la promotion de la production locale et régionale.

 

La diffusion des informations

Bien que ce soit une organisation internationale, elle est peut-être moins connue au Québec selon monsieur Caccia, et ce, même si c’est le plus gros chapitre au Canada avec plus de 200 membres. En effet, il faut savoir que c’est une organisation bénévole. Les membres qui y participent organisent des activités, des séminaires et font différentes actions pour protéger les races patrimoniales.

Les chefs ont un rôle très important à jouer dans la diffusion des valeurs culinaires, des produits et des façons de faire. Monsieur Caccia cite d’emblée Carlo Petrini (sociologue italien, chroniqueur gastronomique et fondateur de Slow Food) à ce propos : « Ils sont les intellectuels de la transformation alimentaire. » Pour monsieur Caccia : « Ces gens-là ont le pouvoir d’acheter des produits, de les transformer, de les faire connaître. Donc, ils ont aussi une responsabilité lorsqu’ils achètent, de savoir où ils achètent et ce qu’ils achètent. »
 
La visite des fermes : les producteurs-artisans se font un plaisir de faire découvrir leurs produits. Ces visites à la ferme sont une occasion de connaître les produits artisanaux tout en faisant de nouvelles expériences gustatives (fromages au lait cru, pain, viande, charcuteries, etc.)
 
Les marchés publics proposent sous un même toit, une diversité de produits : c’est une bonne façon de rencontrer des producteurs-artisans, de découvrir de nouveaux produits artisanaux, de les questionner sur leurs produits, sur la façon de les déguster, etc.
Partez à la découverte des saveurs, des goûts et des traditions!
Se nourrir Slow Food

Monsieur Caccia propose que le panier de provisions contienne quelques produits de producteurs-artisans pour que ces produits et métiers puissent demeurer au fil du temps.

Pour monsieur Caccia, « il faut que les gens arrêtent de penser que manger ça doit coûter peu. Manger ça coûte un certain prix et le consommateur doit faire des choix. Est-ce qu’on veut bien se nourrir, de façon équilibrée ? On n’a jamais parlé autant des maladies reliées à l’alimentation. Que ce soit l’obésité, la sédentarité ou la mauvaise qualité des aliments. Il faut que les consommateurs se prennent en main et soient aussi orgueilleux et soient aussi sélectifs par rapport à ce qu’ils achètent. À partir de là, ce que l’Artisan a à proposer, c’est important.

Quelques trucs aux gens pressés!

Prendre le temps de faire et de manger son repas! Comme les gens sont souvent pressés, monsieur Caccia recommande de tranquillement changer les habitudes alimentaires. Un bon moment pour le faire? Le soir ou le week-end.

 Comme les gens disposent de plus de temps à ces moments-là, ils pourront faire des recherches auprès de producteurs-artisans, s’informer des produits, découvrir des mets nouveaux. Tranquillement, mais sûrement, ils pourront intégrer les valeurs Slow Food à leur consommation.

Que doit-on répondre aux gens qui n’ont pas le temps de découvrir de nouveaux produits ou de cuisiner de nouveaux mets? Monsieur Caccia leur dira : « qu’ils commencent à intégrer dans leur habitude alimentaire des moments où ils préparent un plat à partir de produits d’un ou deux artisans qu’ils ont intégrés dans leur habitude de consommation. Ils découvriraient peut-être d’autres produits avec un goût différent de ce qu’ils ont l’habitude d’acheter. Cela les encouragerait peut-être à aller un peu plus loin.

 

Slow Food est là pour rester!

Pour monsieur Caccia, Slow Food est là pour rester. Il deviendra sans doute plus fort au Québec, et un peu partout dans le monde, au fil des années et des préoccupations du mouvement et de ses membres.

 Au cours des prochains mois Slow Food Québec veillera à réaliser différents projets : 

  • Vague offensive menée par Slow Food Québec pour protéger des races patrimoniales qui se perdent comme le poulet Chanteclerc ou encore la vache canadienne.
  • Ouverture d’autres chapitres à la grandeur de la province (activités de dégustations, d’éducation au goût, des conférences, etc.)
  • Sensibiliser le maximum de gens à modifier leurs valeurs alimentaires
  • Appuyer la production artisanale locale et régionale
Au menu Slow Food

Sous les thèmes de la lenteur, du plaisir, du goût, de la découverte, de la convivialité, voici quelques pistes pour un repas Slow Food.

 Tout dépendant de la saison et des produits disponibles :
  • salade verte, tomate fraîche, quelques fines herbes, un filet d’une bonne huile d’olive et d’un vinaigre fabriqué de façon artisanale
  • pâtes fraîches, légumes au choix, filet d’huile d’olive, copeaux de parmesan
  • sandwich avec tomates du jardin ou tomate séchée, charcuterie, fromage
  • salade de fruits de la saison
  • assiette de fromage (fromage de fabrication artisanale, etc.)
Quelques idées-recettes :
 Et surtout, prenez le temps de cuisiner votre repas et de le savourer. Comme manger est un acte important, il est d’usage, d’en profiter, et ce, aussi souvent que vous le pouvez!
 
Par un beau dimanche, rendez l’utile à l’agréable et baladez-vous en famille pour découvrir les producteurs-artisans de votre localité ou de votre région!
 
Pour en savoir davantage sur Slow Food: Slow Food Québec
 
Homme d’action et de réflexion, Paul Caccia a acquis une solide réputation auprès d’organisations publiques et commerciales dans le secteur de l’alimentation au sein desquelles il transige depuis plusieurs années. Il occupe le poste de Directeur des relations publiques et des affaires internationales de l’Institut du Tourisme et d’Hôtellerie du Québec depuis 2000. Il est président-fondateur du chapitre québécois du mouvement international Slow Food, mouvement fondé en 2001.